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Je n'aime pas le tirage en croix

 

Le tirage en croix m’est longtemps apparu comme un incontournable du Tarot, le tirage à maitriser absolument pour accéder au statut suprême de « cartomancien ».

 

Après quelques années de pratique je dois admettre que je ne l’utilise finalement que très peu. Non pas que je le trouve inintéressant mais plutôt parce que je ne l’aime pas. Son utilisation me laisse toujours un peu sur ma faim.

La plupart du temps, passée la lecture des deux premières lames (le "pour" et le "contre"), j’ai le sentiment de devoir bricoler pour  lire la suite.  Pire, je n’utilise même plus les positions des cartes 3 & 4 pour donner une réponse. C’est, vous en conviendrez, assez peu satisfaisant.

 

Pour répondre à cette frustration, j’ai remodelé à ma façon ce tirage de sorte de ne plus avoir à me poser la question de savoir comment lire ces cartes problématiques (tout du moins pour moi).

Je pense avoir résolu le problème en assignant à la 3ème carte, non plus le rôle de l’état d’esprit ou le potentiel du consultant mais, celui de trancher en faveur de la première ou seconde carte.

 

 

Je m’explique. Les deux premières cartes représentent toujours les éléments jouant un rôle favorable (la première) et un rôle défavorable (la seconde). Chacune d’entre elle use de son influence pour contrer ou aider le consultant. Mais comment déterminer celle qui a le plus de poids dans la balance ?

 

Pour départager les forces en présence j’utilise la troisième carte que j’utilise comme un arbitre donnant l’avantage à l’une ou l’autre carte.

 

 

La dernière carte enfin conclue le tirage en s’appuyant sur les conclusions rendues par la troisième carte. J’oubliais ! La synthèse ! Je la tire et l’utilise comme le fil conducteur du tirage. Tout se lit à travers son prisme. Il deviendra ainsi plus difficile de croire un Bateleur nous parlant de sa grande expérience professionnel si la synthèse est le Diable.

 

 

Qui gagne au final ? Le positif ou le négatif ? C’est là que ça se complique. Rien n’est jamais noir ou blanc. Le but de tout tirage devrait être de donner une tendance, d’éclairer les choix possibles, les voix à emprunter, celles à éviter.

 

C’est ce que j’essaye de faire en tenant compte de tous les éléments ressortant des cartes tirées et du rôle que je leur ai assigné.

 

Mieux qu’un long discours un exemple.

 

 

Question : Vais-je revoir Silvia ? Nous nous sommes croisés lors d’une soirée et j’ai beaucoup apprécié cette rencontre.

 

Tout d’abord la synthèse. C’est le Pape qui préside. Autant dire que les retrouvailles, si elles ont lieux, seront placées sous les auspices de la bienséance.

 

Le duel oppose ensuite Papesse (pour) et Tempérance (contre).  Autant dire qu’il ne sera pas nécessaire de s’acheter un nouveau caleçon si la Papesse l’emporte.

 

L’arbitre maintenant. L’Amoureux ! C’est lui qui tranche donc. Qui va-t-il choisir entre la Papesse et Tempérance. Sans trop pousser la réflexion, il y a fort à parier qu’il préfèrera passer sa soirée avec Tempérance plutôt qu’avec la très sage Papesse qui préfère probablement les mots croisés aux corps-à-corps torrides.

 

Tempérance est probablement plus drôle. Elle manie le shaker comme l’ASN (l’arcane sans nom) manie la faux et sa tendance à vouloir gouter à tous les cocktails la qualifie d’office comme la parfaite hôtesse.

 

Celle-ci sort en « contre ». La fête, ce ne sera pas avec elle… et pourtant, le Soleil semble confirmer qu’une rencontre est possible. Dilemme !?

 

Pas forcément. Si notre consultant cherche l’amitié de Silvia, il est probable qu’il l’obtienne. La soirée sera douce, la camomille et les sablés au beurre délicieux et la conversation tournera autour du club de lecture auquel appartient sans aucun doute notre Papesse… S’il cherche une relation torride, il n’aura plus qu’à passer son chemin ou essayer de verser un filtre d’amour dans la camomille de notre amie.

 

Conclusion, s’ils se revoient, ce sera, du moins dans un premier temps, en « copains ».

 

Si j’avais suivi les règles de lecture classique du tirage en croix le tirage aurait était quelque peu différent.

 

La Papesse en « pour » aurait milité pour un rendez-vous à l’abri des regards (ou dans une bibliothèque ?). Tempérance aurait déconseillé une attitude trop « originale » ou manquant de retenu. L’Amoureux aurait confirmé le désir de notre consultant de retrouver sa belle et le Soleil aurait confirmé le très sage rendez-vous à venir. Le Pape en synthèse aurait béni ces retrouvailles en croisant les doigts pour qu’il ne se passe rien le premier soir… Le résultat est assez proche, l’ironie en moins, mais prend plus de temps à construire.

 

Pas convaincus ? Essayons avec un autre exemple.

 

Question : Comment va se dérouler mon entretien d’embauche ?

 

En synthèse l’Amoureux.

 

Comme il s’agit d’un entretien je table sur le fait que la sélection sera très dure et qu’il y aura potentiellement beaucoup de candidats. C’est ce qu’il faudra retenir pour interpréter les autres cartes.

 

 La seconde étape consiste à regarder la 3ème carte et à voir avec laquelle des cartes en position 1 & 2 elle a le plus d’affinités.

 

L’Arcane sans nom (ASN) est-elle plus proche de l’Étoile ou de la Force ? Mon choix se porte sur la Force presque sans efforts. L’ASN comme la Force regarde face à elle, elles ont toutes les deux les mains occupées et on peut imaginer que manier la faux est une activité requérant un minimum de Force. L’ASN donne donc un net avantage à la Force qui de ce fait aura plus de poids dans le tirage que l’Étoile.

 

Le danger principal de cet entretien est qu’il prenne rapidement les allures d’un rapport de Force, ce qu’il faudra évidement éviter ici. Cela fait écho à l’Amoureux qui annonçait déjà la couleur.

 

L’Étoile, qui joue les seconds rôles est ici mise de côté. C’est pourtant sur elle qu’il faut miser pour maximiser les chances de succès. L’Étoile est modeste, patiente, rassurante et reste très positive. Elle est ici mise à mal car le recruteur fera le maximum pour la déstabiliser et la faire basculer dans le rapport de force qui semble être en sa défaveur.

 

 Le Bateleur donne l’issue probable de l’entretien. Avec cette carte on se demande si les apparences seront suffisantes pour impressionner notre recruteur (l’Amoureux) qui semble peu enclin à se faire berner par de beaux discours même s’il reste dans un rapport de « séduction ».

 

 En résumé l’entretien sera dur et mettra à rude épreuve la patience de notre candidat. On cherchera à le pousser dans ses retranchements pour le conduire à la faute. L’erreur consisterait ici à entrer dans le jeu de celui-ci. Il faut absolument garder une attitude positive et « corporate » pour ne pas se faire éjecter par l’ASN dont la faux bien aiguisée ne demande qu’à s’abattre sur notre pauvre candidat.

 

Essayons maintenant avec la version « classique ». En « pour » l’Étoile. Garder espoir, croiser les doigts pour que tout se passe bien, ravaler son égo pour faire coïncider les désirs du recruteur avec le profil du candidat… En « contre » la Force. Éviter les rapports de Force… Ne pas s’embrouiller avec le recruteur. Mouais.

 

La vibration, l’Amoureux. Un choix s’impose, mais lequel ? Ce n’est pas le candidat qui choisit alors à quoi bon ? Ah, peut être notre candidat doit-il faire le choix de ne pas tomber dans le piège du recruteur !?

 

L’orientation probable du tirage : le bateleur… Tout ça pour ça ?! Le bateleur pour se faire embaucher doit convaincre. Pour convaincre le bateleur va probablement raconter des histoires, s’inventer des expériences qu’il n’a pas, etc. Avec L’Étoile en pour on peut se demander si notre ami n’est pas un peu rêveur, voire mythomane. Notre bateleur est probablement mieux armé pour affronter la Force. Il ne cherchera pas la confrontation mais saura probablement trouver les arguments qui le feront passer pour le candidat idéal. Avec l’Amoureux en synthèse le choix est ouvert. Il faut séduire, trouver les mots qui vont toucher le cœur de notre recruteur.

 

Bon, ce n'est pas une révolution ! Je dirais que ma façon de faire convient peut-être tout simplement mieux à mon style de lecture, qu’elle va plus directement au but et qu’elle ne s’embarrasse pas de discours inutiles. Après, les résultats sont finalement assez proches de ceux obtenus par la méthode plus traditionnelle.

 

Quelqu'un d'autre pour tester ?

 

 

 

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